La plus ancienne musique connue du monde : Hurrian Hymne

POURQUOI AVONS-NOUS CHOISI CE TITRE ?

Pour anticiper notre futur ou tout simplement le visualiser il est intéressant de regarder derrière soi, observer et analyser ce qui s’est fait. La création est une succession d’influences et la musique en est un exemple pertinent. Aucun style de musique ne s’est créée à partir du néant : tous s’inspirent de ce qui s’est fait auparavant. Le rock ’n’ roll ne s’est pas construit sans le blues ou la country, le reggae sans le Mento, le rap sans la funk, le reggae, le blues et le jazz etc. Revenir aux sources permet parfois de définir une direction future. Comme disait Romain Gary : « Le renouveau a toujours été d’abord un retour aux sources. »

Écouter une oeuvre qui a traversé les époques permet d’ouvrir le champs de l’imagination et permet peut-être de mieux visualiser l’évolution de la musique. Ainsi, je m’amuse souvent à remonter le fil de la création et je me suis toujours demandé quelle a été la première musique de l’histoire, la première suite de notes créée pour un instrument.
Il n’est pas honteux de considérer qu’une œuvre composée il y a 3400 ans soit simple et que sa mélodie n’ai pas d’autres intérêts que son âge. Au contraire, à l’écoute de la retranscription à la lyre de Michael Lévy, on est frappé par sa complexité et sa force émotionnelle. Ainsi, il serait abject de négliger les œuvres du passé. Car quand on sait que les plus vieux instruments jamais retrouvés sont des instruments à vent – datant de l’air paléolithique supérieur : la flûte conçue dans un os de vautour perforé et le rhombe qui est une pièce en os ou en bois raccordée par une ficelle et qui produit du son lorsqu’on produit une rotation dans l’air – on se dit que la créativité de l’homme est fantastique quelque soit l’époque. Cette source de création doit servir d’enseignement aux futures oeuvres.

La composition d’origine de l’oeuvre que nous étudions provient d’une tablette d’argile retrouvée en Syrie où sont gravés des symboles qui s’apparentent à des notes de musiques accompagnées de paroles : c’est la plus vieille partition connue du monde.
Aujourd’hui, après de nombreuses recherches et selon plusieurs écrits, les
chercheurs ont pu retranscrire ces partitions en musique.

Cette mélodie vieille de -1400 AEC accompagne un texte religieux du peuple
hourrite, racontant les offrandes à la déesse Nikkal, épouse du dieu de la lune. Elle provient d’une collection de trente-six morceaux de chansons gravés en écriture cunéiforme sur des tablettes d’argile. Pour vous faire une idée de l’ancienneté de cette partition, imaginez que cette oeuvre est antérieure de plus d’un millénaire aux plus anciennes partitions grecques connues.

COMMENT A-T-IL ÉTÉ POSSIBLE D’Y DEVINER UNE PARTITION MUSICALE ?

Les chercheurs se sont tout simplement laissés guider par les indications apposées par les scribes. Ces indications étaient simples et d’une grande utilité pour aider à sa retranscription, comme si les auteurs voulaient que cette oeuvre traverse les époques. En effet, à la suite des partitions il est gravé : « Ceci est une chanson ». Et il y est même précisé l’accord musical utilisé : « la nitkibl ».

Sous chaque ligne de texte se succèdent des symboles sans véritable sens à première vu, mais qui semblent avoir un lien avec la phrase du dessus. A partir de cette configuration, les chercheurs ont pu déduire que c’était une partition musicale destinée à accompagner des chants.

Malheureusement, même si on connaît le nom du scribe (Ammurabi), on ne possède aucune trace du ou des compositeurs.

COMMENT A-T-ON PU LA RETRANSCRIRE EN MUSIQUE ?

Les instructions qu’on retrouve à la suite de la chanson ont considérablement aidé les chercheurs dans sa retranscription musicale. Elles font référence à une gamme enseignée sur une autre tablette et précise l’instrument : une lyre à neuf cordes (le kinnor). En plus, une des tablettes contient également des instructions pour l’accorder, ce qui permet de se rapprocher au plus près du son d’origine.

Cependant, aucune tablette ne fait référence à la rythmique. Les seuls indicateurs rythmique seraient le texte et sa prononciation.

Michael Lévy interprète à la lyre cette mélodie en se concentrant sur l’instrumental et en a imaginé la rythmique. Certains diront que c’est de la falsification. Cependant, cette réappropriation participe aussi à l’amplification du mystère qui tourne autour de cette œuvre ainsi qu’à sa remise au goût du jour sous un angle moderne et contemporain. Cette œuvre n’est probablement pas identique à sa forme d’origine, mais en ajoutant une nouvelle touche artistique, l’interprète interroge la place de l’œuvre dans le temps. 

Une œuvre (comme un objet) d’un autre temps se voit presque systématiquement observée sous le spectre de son époque d’origine. Walter Benjamin, philosophe et historien de l’art propose une analyse matérialiste où il rejette la perception linéaire de l’histoire pour centrer l’œuvre dans l’instant présent : “Arracher une œuvre au continuum de l’histoire, c’est y recueillir l’œuvre d’une vie, dans cette œuvre l’époque et dans l’époque le cours entier de l’histoire” – citation des Thèses sur l’histoire de Walter Benjamin.
En définitive, selon qu’on choisit telle ou telle interprétation, l’œuvre que l’on écoute symbolise une époque et lorsqu’elle est réinterprétée avec de nouvelles influences, elle représente également le temps présent voir celui à venir… 

Cela n’enlève rien de sa beauté ancestrale.

Fun Com’ pioché dans les commentaires de la musique sur Youtube : “I like their older stuff, before they got all trendy.” Skanda Babyil

Hugo Laly

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