Tempo de machine

Il est conseillé de lire ce petit texte en écoutant Madjou, du chanteur Salif Keita.

Il était une époque qui cherchait à capter l’attention. Par tous les moyens, le temps de cerveau était devenu l’étalon-or à s’approprier. L’esprit était encombré, mal rempli de choses absurdes, toutes destinées à être monétisées. Le progrès poursuivait partout et harcelait chaque seconde pour produire de petits sentiments inoffensifs. Les bonheurs et les névroses devaient se compter, se décompter, se calculer. L’heure n’était plus à grandir par soi-même, il fallait pousser vite, vite, vite, que toute la sève soit extraite pour passer au suivant. Clic clac, en deux clics c’était la grande claque.

Les esprits essorés étaient abandonnés, comme des chiens sur une aire d’autoroute. Ils ne savaient plus où chercher la caresse. Pauvres petites bêtes. Ils avaient toujours vécu domestiqués, noyés dans cette avalanche du tout connecté et du tout algorithmé. Perdus et brisés ils étaient.

Car un cerveau qui tourne trop finit par tourner en rond, à devenir dangereux par bêtise. Il se laisse corrompre par des mots qui l’arrangent, qui le brossent dans le sens de ses petites certitudes. Tout ça pour quoi ? Distinguer enfin une issue acceptable tout au bout du tunnel. Du sens ! Parce qu’il est difficile d’accepter qu’il n’existe que le moment présent et la mort. Et puis la solitude, sans qui rien n’est possible. C’est ainsi, la galaxie n’a pas de surmoi.

Mais comme il faut se relever car la vie où qu’elle soit trouve toujours un moyen, ne reste plus qu’à choisir le bandage adéquat pour fermer ses blessures. Pourquoi ne pas regarder en arrière ? Jusqu’au 18ème, on ne pansait pas une plaie. En tout cas on ne le disait pas. D’abord parce que le mot n’existait pas encore. A cette époque, on pensait. L’expression consacrée voulait qu’on pense de. Dans le sens où on prenait soin de, on se creusait la tête pour savoir comment la soigner cette maudite plaie. Pour panser un mal, il fallait d’abord y penser. Ainsi, penser d’une certaine manière, c’est déjà panser. Donc, quand je pense, l’idée de guérison affleure, fleur, fleur.

Mais pour guérir de quoi au juste ? Aujourd’hui la plaie est plus profonde et en même temps moins visible. A force de se creuser la tête pour tout un tas de maux, ta t’Hun tout de mots, tuntout’a d’meaux… Bien possible qu’on en perde son français et qu’on ne soit plus bon qu’à débiter dézallitérationscurieuses. Et pourquoi pas ? Peut-être que la vie c’est un peu ça. Faire son beau, parader avec ses dernières trouvailles qu’on découvre seul, dans sa chambre, les soirs d’ennui. Laisser pianoter ses doigts, panser avec les mains et puis donner sa chance au corps pour penser à nouveau.

100D

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