Un nouvel horizon sonore

Certaines périodes semblent propices à la nouveauté. Pour innover, défricher et expérimenter.

En 1958, Pierre Schaeffer, musicien français né à Nancy en 1910, crée le Groupe de recherches musicales (GRM),  dans le domaine du son et des musiques électroacoustiques. Parfois baptisée musique contemporaine ou musique concrète (laissons les batailles sémantiques aux puristes), la musique électroacoustique se distingue par la disparition des instruments conventionnels. L’amateur de rock devra admettre que guitare, basse et batterie peuvent être mis au rebut (Le Bon Coin n’existe pas encore). Il en est de même pour la musique dite « classique », son nom de baptême suffit à la rendre obsolète. Là aussi, disparition des instruments traditionnels, des cordes, vents et percussions.

La musique devient « non instrumentale ». C’est à partir de prises de son acoustiques que le compositeur constitue son matériau. La création peut être aussi synthétique, constituée de sons ou de séquences joués sur clavier électronique (synthétiseur), ou issue d’une programmation par logiciel.  

Le compositeur prépare des disques souples sur lesquels il enregistre ses sons et ses séquences, puis lance jusqu’à huit platines simultanément, jouant avec la vitesse, l’intensité, le sens de diffusion, etc. Une dernière platine est dédiée à l’enregistrement du résultat obtenu. L’arrivée du magnétophone simplifie les montages, les bandes pouvant être coupées et se monter plus facilement.

Il est bon de rappeler que les pouvoirs publics ont joué en France à cette époque un rôle important. La création de l’INA en 1974 (qui développe et conserve le patrimoine audiovisuel français) et l’éclatement de l’ORTF1 en 1975 feront que le GRM est intégré à l’INA, pour devenir ensuite l’IRCAM2, fondé par Pierre Boulez. Pas simple, mais ceci assurera l’hébergement et le financement d’artistes ignorés du grand public (plus de 200 à ce jour). Quelques-uns sortent tout de même de l’anonymat, comme Annis Xenakis et Christian Zanési. D’autres collaborent, sont élèves ou invités, tels Jean-Michel Jarre et plus récemment Arnaud Rebotini, parmi les plus connus. 

Mais la France n’est pas tout, c’est heureux. Dès 1930 en Allemagne, Bonn, Berlin et Dusseldorf connurent l’émergence de musiciens créateurs de machines telles que « monocorde » ou autre « mélocorde », formes primitives des futurs synthétiseurs. C’est aussi en Allemagne que les premiers groupes électro populaires feront leur apparition, certains dans le sillage de groupes de musique dite progressive. Les plus emblématiques furent et restent Kraftwerk et Neu! 

KRAFTWERK, de Dusseldorf, sera le « Model » de TOUTE la scène électro et Hip-hop au début des années 80, bien au-delà des frontières européennes. Un artiste comme Afrika Bambaataa reconnait lui-même l’influence majeure des allemands dans sa musique.

NEU!, le second, naîtra d’une scission au sein de Kraftwerk et sera source d’inspiration pour la future vague punk et bruitiste/new-wave. Mettez « Metronomy » et « Einstürzende Neubauten » dans un shaker, vous avez le premier Neu! datant de 1972.

En ce début des « seventies » cette notion de groupe est nouvelle, même si des collaborations existent, la musique n’est souvent incarnée que par une seule personne, enfermée dans un studio, cernée par les claviers du sol au plafond. Les représentations scéniques s’apparentent maintenant aux concerts de rock classiques. Les musiciens derrière les synthés étant quand même plus statiques que leurs confrères rockeurs, punks, métalleux, etc. Même les rastas bougent plus. Cibles idéales pour les parodies.

La disparition récente de Florian Schneider (flûtiste de formation), co-fondateur de Kraftwerk, et la pluie d’hommages qui suivit mettent en lumière l’influence de ces artistes, de ces artisans et de ces musiciens sur la scène musicale actuelle. La présence d’instruments synthétiques est aujourd’hui omniprésente. Ils ont littéralement porté sur les fonds baptismaux la musique électro que l’on écoute aujourd’hui. Tels des architectes bâtisseurs, ces musiciens ont dessiné une nouvelle « skyline sonore ».

Patrick Nauche


1L’Office de radiodiffusion-télévision française

2L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique

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